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L'Intranquille n°24

Cracher le silence, article de Françoise Favretto, revue L’Intranquille n°24 – avril-septembre 2023

J’avais le souvenir du ton et du rythme en le lisant, ayant déjà entendu le texte proféré impeccablement par son auteure. Sans cela, je me serais peut-être perdue entre les Tu/il/ je/ Elle et les poèmes sans pronom. Ne pas se demander qui est qui ! Quelqu’un souffre de la maladie d’Alzheimer, il ou elle, on ne le sait ; je pencherais plutôt pour elle. Il est question de l’appréhension des sens, le toucher, la vue, toutes les perceptions y compris les entre-deux.

Elodie Loustau se trouve vraiment portée. Il n’est jamais question de mémoire, mais de contact ou non contact et de silence, comme l’indique le titre ; quelques mots de cette poésie très profonde : « le cheveu de ta voix », « ma main dans la nuit de ta main » et à la fin cette belle manière de dire la mort : « emportée la lampe du temps »

 Cracher le silence, article de Mathieu Larregain – mars 2023

La poésie a quelque chose d’intime. Dans le sens où, si elle est comprise, appréciée, elle trouvera autant de sens que de lecteurs/lectrices. Il me semble. J’ai lu ce livre trois fois avant d’écrire ces lignes. Je ne suis pas musicien, mais à chaque fois, chaque voix était accompagnée de sa musique, qu’il s’agisse d’un piano, d’une clarinette, ou d’un orchestre. À chaque lecture, chaque voix avait sa… voix, chantante, ses silences. Ce livre, je ne l’ai pas lu, je l’ai écouté, j’ai vu les images, sans jamais voir les mots. C’est, je crois, la grande puissance d’Élodie, elle met tellement bien ses mots en scène qu’ils prennent une nouvelle dimension, qu’elle soit musicale ou picturale. C’est magnifique. Alors oui, je connais Élodie depuis l’aube des temps (à peu près) mais j’ai toujours été un grand admirateur de son art, pas parce que je lui dois une reconnaissance, mais parce que son art me transporte à chaque fois.

 

 Cracher le silence, retour d’un lecteur – avril 2023

Cracher le silence : un livre au sujet âpre (la dégénérescence mentale liée à l’âge), mais qu’Élodie traite avec finesse et sensibilité. Un sujet qu’il nous faut aborder avec elle, car en mettant en jeu notre humanité, il nous concerne tous. Pour ainsi peut-être mieux le vivre collectivement. 

Dans le texte, trois voix poétiques qui s’entremêlent: la femme atteinte de dégénérescence, l’homme qui l’accompagne, et une voix plus distante, coryphée établissant le lien entre les personnages et le lecteur. Trois voix dans la difficulté de la perte de la parole, mais toujours dans la tendresse du rapport à l’autre, dans la beauté de la relation qui se transforme.

Et de même que la relation évolue, de même évolue l’écriture littéraire. La perte du langage est matérialisée par l’évolution progressive vers une poésie du sonore, où la musique des mots l’emporte sur le sens à véhiculer, où l’absence de raison n’est pas perte irrémédiable, mais retour au sensible. Une lueur dans l’adversité qui me touche beaucoup.